Le libertinage se présente volontiers comme un espace d’ouverture, de non-jugement, de liberté assumée. Sur le papier, c’est un milieu qui devrait être naturellement accueillant pour toutes les orientations sexuelles et identités de genre.
Dans les faits, la réalité est plus nuancée et plus intéressante à examiner honnêtement qu’à travers un simple discours de façade.
A travers cet article nous ne cherchons pas à démontrer que le libertinage est un modèle d’inclusivité, ni l’inverse.
Nous vous proposons un état des lieux concret, avec ses zones d’ombre, et des pistes réellement actionnables, pour les établissements comme pour les participants.
Le discours d’ouverture du libertinage face à la réalité
L’état d’esprit fondateur du libertinage repose sur une promesse forte : ici, on ne juge pas les envies, les corps, les orientations.
Cette promesse est réelle et constitue une part authentique de l’identité du milieu libertin. Mais elle coexiste avec des dynamiques bien moins souvent nommées : des normes d’accès qui présupposent un couple homme-femme, des pratiques valorisées différemment selon qui les initie, une tolérance qui, à y regarder de plus près, se révèle parfois sélective.
Nommer cet écart n’est pas remettre en cause le milieu dans son ensemble, c’est justement la condition pour qu’il progresse vers l’inclusivité qu’il revendique.
La bisexualité dans le libertinage : une place ambiguë
La bisexualité a encore une place assez ambiguë dans l’univers libertin. Voici les explications :
L’hyper-visibilité de la bisexualité féminine
Dans la plupart des espaces libertins hétéro-centrés, la bisexualité féminine est non seulement acceptée mais largement mise en avant.
D’ailleurs, elle peut parfois être davantage instrumentalisée pour le regard masculin que réellement reconnue comme une orientation à part entière.
Une pratique entre deux femmes est fréquemment perçue comme un élément de spectacle attendu, plutôt que comme l’expression autonome d’une attirance.
La quasi-absence de la bisexualité masculine
À l’inverse, la bisexualité masculine reste plutôt absente des pratiques collectives valorisées dans les espaces hétéro-libertins classiques.
Un homme qui exprime une attirance envers d’autres hommes dans ce contexte se heurte parfois à un inconfort implicite, voire à une franche réticence. Cela vient aussi de la part de participants qui, par ailleurs, se définissent eux-mêmes comme ouverts d’esprit.
Cette asymétrie entre bisexualité féminine hyper-visible et bisexualité masculine moins visible constitue l’un des angles morts les plus significatifs du discours d’ouverture du milieu, et pourtant l’un des moins souvent nommés dans les contenus qui traitent de ce sujet.
Hommes bisexuels et pratiques HHF : ce qui reste tabou
Les pratiques impliquant deux hommes et une femme (HHF), ou des interactions entre hommes dans un cadre plus largement hétéro-libertin, restent un point sensible.
Certains établissements se définissent explicitement comme ouverts, sans que cela se traduise réellement dans l’ambiance ou l’accueil observé sur place. D’autres, excluent ces pratiques tacitement, sans le formaliser nulle part, ce qui rend la situation difficile à anticiper pour un homme bisexuel avant de s’y rendre.
Cette différence entre ce qu’un établissement affiche et ce qu’il pratique réellement constitue une source de frustration récurrente, rarement documentée de façon aussi directe dans les contenus généralistes sur le libertinage.
Voici un repère utile avant de vous déplacer : vous pouvez vous renseigner directement, en amont, sur la réalité de l’accueil réservé aux pratiques bisexuelles plutôt que de vous fier uniquement à la communication officielle du lieu.
Le mieux est de solliciter la communauté libertine, par le biais de sites de rencontres, des salons de discussions ou des forums.
La place des personnes trans et non-binaires dans les établissements libertins
En théorie, tout le monde est le bienvenu dans le milieu libertin, quel que soit son genre ou son attirance sexuelle. Voici ce qu’il en est en réalité :
Un accès inégal selon les établissements
Certains établissements libertins structurent encore leur politique d’accès autour d’un modèle implicite de couple homme-femme cisgenre.
Pour autant, de nombreux clubs citent explicitement les personnes trans et travesties, notamment dans leur tarifs.
Le dress code, les catégories de statut à la réservation (couple, femme seule, homme seul) et parfois jusqu’aux toilettes ou vestiaires disponibles reflètentencore parfois une norme genrée binaire qui ne correspond pas à la réalité de toutes les identités présentes ou souhaitant l’être.
Le poids du regard et de la fétichisation
Lorsqu’une personne trans ou non-binaire fréquente un espace libertin classique, l’accueil réservé oscille encore parfois entre deux extrêmes tout aussi problématiques : le rejet implicite, ou à l’inverse une forme de fétichisation qui réduit la personne à son identité de genre plutôt qu’à la personne dans son ensemble.
Aucune de ces deux dynamiques ne constitue une inclusion réelle.
Ce que font les établissements libertins qui progressent réellement
Il faut tout de même relever que de plus en plus de lieux libertins font évoluer concrètement leurs pratiques :
- politiques d’admission formulées de façon neutre plutôt qu’autour du couple homme-femme ;
- formation explicite du personnel sur l’accueil des personnes trans et non-binaires ;
- espaces non genrés lorsque c’est matériellement possible…
Ces évolutions démontrent qu’elles peuvent être mises en place sans dénaturer l’esprit du lieu, ni nuire à la pratique du libertinage.
Le rôle du personnel et des organisateurs dans l’inclusivité
Ce qui distingue un établissement réellement inclusif d’un établissement qui l’affiche sans le vivre tient à quelques éléments concrets et vérifiables :
- Une politique d’admission écrite qui ne présuppose pas un modèle de couple hétérosexuel cisgenre par défaut.
- Une formation effective du personnel à la gestion des incidents discriminants, avec une procédure claire plutôt qu’une réaction au cas par cas.
- Une capacité démontrée à intervenir rapidement face à un comportement problématique, indépendamment de la personne visée.
- Une communication transparente en amont, permettant à une personne de se renseigner sur la réalité de l’accueil avant de se déplacer.
Ces critères, plus que n’importe quel slogan affiché sur un site internet, permettent de d’affirmer qu’un établissement est vraiment inclusif dans les faits.
Ce que les participants peuvent faire concrètement
L’inclusivité d’un milieu libertin ne repose pas uniquement sur les établissements, elle se joue aussi dans chaque interaction individuelle.
Voici ce que vous pouvez faire pour participer à rendre l’univers libertin plus inclusif :
- Ne pas présumer de l’orientation ou de l’identité de genre d’un partenaire potentiel avant qu’il ou elle ne l’exprime lui-même.
- Ne pas réduire une personne bisexuelle ou trans à une « expérience » ou une « curiosité » à cocher.
- Interpeller un comportement problématique observé, de façon directe mais sans surenchère moralisatrice, qui a souvent pour seul effet de braquer plutôt que de faire évoluer.
- Accepter qu’une personne puisse décliner une interaction sans que cela remette en cause son ouverture d’esprit générale.
Établissements et communautés qui agissent pour l’inclusivité
Certaines dynamiques positives émergent, en particulier dans des communautés en ligne dédiées et dans certains établissements ayant explicitement revu leur politique d’accueil ces dernières années.
Ces initiatives restent minoritaires à l’échelle du milieu dans son ensemble, mais elles ont un point commun : elles ne se contentent pas d’un discours d’ouverture, elles le traduisent en règles concrètes, vérifiables et appliquées.