logo

Histoire imaginaire musée

Dans le musée, au début, elle ne faisait pas attention à lui. Enfin pas vraiment. Elle regardait les tableaux vite fait, lisait deux ou trois trucs, avançait. C'était surtout pour passer le temps.

Puis elle l'a revu. Une fois. Puis encore après.

Au début, elle s'est dit que ce n'était rien. Normal. Les gens font le même tour. Mais bon, au bout d'un moment, ça commençait à faire beaucoup. Elle le voyait souvent. Ou elle le sentait avant même de le voir, ce qui était encore pire.

Il ne faisait rien pourtant. Il ne venait pas lui parler. Il ne la regardait pas bizarrement. Il restait juste dans le coin, souvent. Assez pour qu'elle pense plus à ça qu'au musée.

À un moment, elle s'est arrêtée devant une vitrine. Elle ne regardait même pas vraiment ce qu'il y avait dedans. Et en levant un peu les yeux, elle l'a vu dans le reflet. Pas juste derrière. Mais pas loin non plus.

Et ça lui a fait quelque chose. Un peu idiot d'ailleurs. Parce qu'en vrai, il ne s'était rien passé. Rien du tout. Mais elle n'arrivait plus à faire comme si c'était neutre.

Après ça, c'était foutu.

Elle continuait à marcher, oui, mais elle ne regardait plus grand-chose. Elle pensait surtout à l'endroit où il était. À s'il allait être dans la salle d'après. À si elle se faisait des idées ou pas.

Le pire, c'est quand ils se sont touché le bras en se décalant devant une sculpture. Vraiment vite fait. Même pas une seconde. Mais elle l'a senti tout de suite. Trop même. Elle a continué à avancer normalement, enfin en essayant, sauf qu'elle avait encore ça en tête.

Après, elle s'est mise à faire attention à tout. La distance. Le moindre passage près de lui. Le fait qu'il reste calme. Trop calme. Comme si lui aussi faisait exprès de ne rien montrer.

Un peu plus loin, elle est repassée près de lui. Cette fois, un peu exprès, oui. Juste assez pour le frôler encore. Pas longtemps. Mais assez.

Et là, elle a compris que ce n'était pas juste un hasard à la con.

Le musée autour n'avait pas changé. Les gens marchaient, lisaient, parlaient bas. Un gardien passait. Une porte s'ouvrait plus loin. Tout était normal.

Sauf elle, non.

Elle a fait encore quelques pas, puis elle s'est retournée.

Et lui, il la regardait déjà.

Elle n'a pas baissé les yeux tout de suite.

Avant, il y avait encore moyen de faire semblant. De se dire qu'elle se montait la tête pour rien. Mais là non. Là, c'était devenu trop clair.

Pas clair dans un sens joli. Plutôt d'une façon un peu gênante, parce qu'elle savait qu'il avait compris. Et le pire, c'est qu'elle n'avait aucune envie que ça s'arrête.

Pas maintenant.

Pas après tout ça.

Elle s'est tournée complètement vers lui, pas vite. Son ventre s'est serré d'un coup. Pas de peur, non. Plus cette chaleur nerveuse qui monte quand on sait très bien qu'on pourrait encore partir, mais qu'on ne le fera sûrement pas.

Il n'a pas bougé.

Et c'était presque pire.

Parce que d'un coup, elle sentait la distance entre eux comme une vraie chose physique. Quelques pas, pas plus. Et pourtant, ça lui paraissait énorme.

Elle ne voyait presque plus le reste.

Juste lui.

Sa façon de la regarder.

Le calme qu'il gardait encore.

Et ça lui donnait encore plus envie d'avancer.

Elle ne l'a pas fait.

Mais elle y a pensé beaucoup trop fort.

Et ça se voyait sûrement.

2

Photo de kali
684 km • Homme 45
a publié ce sujet