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Le silence avant les mains.

Elle attendait à genoux au centre du lit, le dos droit, les mains posées sur ses cuisses. Le bandeau de soie lui ôtait la vue. Il ne lui restait que la fraîcheur des draps, le murmure lointain de l'hôtel et les battements de son coeur, qui résonnaient dans la chambre entière.

Elle savait que son mari était descendu chercher quelqu'un. Elle ignorait le reste, et cette ignorance lui nouait le ventre d'une impatience brûlante.

La clé tourna dans la serrure, presque sans bruit. La porte s'ouvrit et se referma. Des pas étouffés par la moquette s'avancèrent dans la chambre. Elle devina seulement une présence, un déplacement dans l'air, une chaleur nouvelle.

— Bonjour.

Un seul mot, grave, à peine plus qu'un souffle. Un frisson partit de sa nuque et courut jusqu'à ses reins. Sa respiration se suspendit. Ses doigts se crispèrent sur ses cuisses.

Adossé contre la porte, son mari ne perdait rien de la scène. Il vit la peau de sa femme se couvrir de frissons et sa gorge se serrer. Son propre pouls cognait à ses tempes, comme si chaque émotion qui la traversait lui revenait en écho.

L'homme s'approcha sans hâte et s'arrêta si près que sa chaleur l'enveloppa. Il ne la toucha pas. Il resta là, longtemps, et elle comprit qu'il la regardait. Elle sentait ce regard sur ses épaules. Il observait sa bouche entrouverte, chaque frisson qu'elle ne pouvait cacher. Elle attendit une main qui ne vint pas. Le silence s'étira jusqu'à devenir presque insupportable.

Son souffle effleura sa tempe, glissa le long de sa joue, descendit dans le creux de son cou. Elle inclina la tête, cherchant le contact. Le souffle disparut.

— Chut, murmura-t-il, tout près de son oreille. Je m'occupe de vous. Laissez-vous faire.

Elle déglutit. Il n'avait pas bougé, mais tout son corps se tendait vers lui. Quelques secondes passèrent, ou une éternité. Elle se demandait où il se tenait, ce qu'il allait faire, si elle devait espérer ou craindre.

Après quelques instants, les mouvements du lit lui signalèrent qu'il avait pris place tout contre elle. Du bout d'un doigt, si léger qu'elle crut l'avoir imaginé, il suivit la ligne de son épaule. Il s'arrêta, retira sa main et la laissa se demander si elle avait rêvé. Il revint, tout aussi doucement, et descendit le long de son bras jusqu'à l'intérieur du poignet, où son pouls s'affolait.

— Votre coeur bat très vite, constata-t-il à voix basse, d'un ton amusé.

Elle retint un sourire gêné, un soupir. Il remonta par le flanc, du bout des doigts, sans appuyer. Chaque fois qu'elle croyait deviner où irait sa main, elle se trompait. Il traçait des chemins qu'elle n'attendait pas, s'écartait quand elle s'y abandonnait, revenait quand elle commençait à douter. Elle entendait sa propre respiration et ne savait plus si elle la maîtrisait.

Dans l'ombre, assis sur le côté, le mari serra la mâchoire. Il vit les lèvres de sa femme s'entrouvrir et ses hanches bouger d'un rien, comme malgré elle.

Les doigts de l'homme glissèrent sur son ventre, s'attardèrent sur la cambrure de sa taille, remontèrent vers ses côtes et s'arrêtèrent là, juste sous la poitrine. Elle cessa de respirer.

— Vous attendez quelque chose ? souffla-t-il.

Elle ne répondit pas. Il laissa le silence faire son oeuvre. Sa main resta là, immobile, brûlante, à un souffle de ce qu'elle espérait. Elle sentit monter en elle une envie qu'elle n'aurait pas osé formuler, et l'idée qu'il la lisait, qu'il la possédait déjà, la rendait folle.

Le dos de ses doigts se mit enfin à suivre la courbe de son sein, par en dessous, avec une lenteur appliquée, sans jamais s'approcher de son sommet. Il redescendit, recommença, et la fit attendre. Elle cambra les reins, offrant sa poitrine malgré elle. Il remonta par le côté, dessina l'arrondi, effleura l'aréole du bout de l'ongle, puis s'écarta d'un seul coup. Elle laissa échapper un souffle déçu.

— Vous ne saurez pas quand, ni comment, dit-il doucement.

Il revint. Il passa tout près de son téton durci sans le frôler. Il recommença, de l'autre côté. Son corps tout entier criait vers cette main qui jouait avec son désir. Elle serra les dents. Elle était à lui, de la peau jusqu'aux pensées.

Alors seulement, sans prévenir, il referma deux doigts sur son téton durci et le pinça, juste assez pour que la brûlure arrache un cri étouffé. Il relâcha aussitôt, et sa paume apaisa la peau d'une caresse presque tendre. Le contraste lui coupa le souffle. Il enserra son sein dans sa main tout entière, le pressa doucement. Elle laissa échapper un râle sourd.

— C'est ce que vous attendiez ?

Dans son coin, le mari vit sa femme basculer la tête en arrière, bouche entrouverte, et comprit qu'elle ne pensait plus à rien d'autre. Ce jeu l'excitait beaucoup.

L'homme se pencha. Sa bouche vint enfin, mais pas là où elle l'attendait. Elle se posa sous sa poitrine, puis, d'une caresse lente, monta sur le sein qu'il venait de pincer. Sa langue le caressa, chaude et appliquée, avant que ses dents n'en saisissent doucement le téton turgescent. Elle se cambra tout entière contre lui, un souffle rauque dans la gorge. Sa main libre descendit, effleura son ventre, puis l'intérieur de sa cuisse. Elle écarta les genoux sans y penser. Il s'arrêta à la lisière de son sexe, et laissa sa paume tiède sur sa peau, raffermissant légèrement son étreinte.

— Vous êtes déjà si impatiente, souffla-t-il.

Elle voulut répondre, supplier peut-être, mais seul un gémissement sortit. Dans son coin, son mari vit l'homme sourire contre sa peau, et ses doigts, tout doucement, reprendre leur route vers un nouvel endroit où elle les espérait, il le savait…

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