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La Confiance comme première règle

Julie était devenue son élève quelques semaines plus tôt.

Dès les premières séances, elle avait remarqué chez lui quelque chose qu'elle n'arrivait pas vraiment à définir. Une autorité posée, presque tranquille, qui n'avait jamais besoin de hausser la voix pour être ressentie. Il donnait ses consignes avec précision, attendait qu'elles soient comprises, puis observait en silence.

Julie aimait cela.

Elle aimait surtout ces regards fugaces qu'il posait sur elle lorsqu'elle hésitait devant un exercice. Un regard bref, difficile à interpréter, mais qui semblait toujours lui dire :

*Je sais que vous pouvez mieux faire.*

Alors elle recommençait.

Peu à peu, elle s'était habituée à cette façon qu'il avait de diriger les séances. Il ne la brusquait jamais. Il ne cherchait pas à l'impressionner. Il imposait simplement un cadre, et Julie s'y sentait étonnamment bien.

Ce jour-là, après avoir posé son matériel, elle attendit ses instructions.

Il resta quelques secondes silencieux avant de lui dire :

— Julie, aujourd'hui, nous allons changer un peu les règles.

Elle releva les yeux.

— Lesquelles ?

Un léger sourire apparut sur son visage.

— Vous allez devoir me faire confiance.

Il marqua une pause.

— Je ne vous demanderai jamais quelque chose que vous n'avez pas accepté de faire. Mais une fois l'exercice commencé, je vous demande de le prendre au sérieux.

Julie sentit son attention se tendre.

Elle acquiesça lentement.

— D'accord.

— Non, Julie. Pas « d'accord » pour me faire plaisir. Je veux que vous soyez certaine.

Elle le regarda quelques secondes.

— Je suis certaine.

Cette fois, il hocha simplement la tête.

— Très bien. Alors commençons.

Le premier exercice fut celui du silence.

Pendant cinq minutes, Julie devait rester parfaitement attentive et ne parler que lorsqu'il lui adressait une question. Rien de compliqué en apparence. Pourtant, le silence rendait chaque seconde plus intense.

Elle entendait chacun de ses déplacements. Chaque fois qu'il s'arrêtait près d'elle, elle sentait sa présence sans même avoir besoin de se retourner.

Puis vint la consigne exacte.

Trois instructions successives.

Julie avait tendance à anticiper. Elle commença trop vite et commit une erreur.

Il ne fit aucune remarque inutile.

Il se contenta de dire :

— Recommencez.

Elle recommença.

Cette fois, elle suivit exactement ses indications.

— Bien.

Un seul mot.

Mais ce mot eut sur elle un effet inattendu.

Elle sentit une pointe d'excitation monter en elle.

Elle aurait voulu la dissimuler, mais quelque chose dans son attitude la trahissait : son souffle légèrement plus court, ses joues teintées de rose, cette façon qu'elle avait de se redresser chaque fois qu'il lui adressait la parole.

Il le remarqua.

Bien sûr qu'il le remarqua.

Son regard resta posé sur elle quelques secondes.

— Vous êtes nerveuse, Julie ?

Elle hésita.

— Un peu.

— Pourquoi ?

Elle esquissa un sourire.

— Parce que j'ai l'impression que vous savez exactement ce que je ressens.

Il ne répondit pas immédiatement.

Puis, avec cette même voix calme et posée :

— Peut-être. Mais ce qui m'intéresse surtout, c'est ce que vous choisissez d'en faire.

Julie soutint son regard.

C'était justement le troisième exercice.

Le regard.

Lorsqu'il lui parlait, elle devait maintenir ses yeux dans les siens avant de répondre.

Elle réussit quelques secondes.

Puis, par nervosité, détourna les yeux.

Un silence.

— Julie.

Elle releva immédiatement la tête.

— Recommencez. Cette fois, restez concentrée.

Elle inspira doucement et soutint son regard.

Quelques secondes passèrent.

Le professeur ne souriait pas. Il se contentait de l'observer avec cette assurance tranquille qui la déstabilisait autant qu'elle la rassurait.

Julie comprit alors que ce n'était plus seulement l'exercice qui la captivait.

C'était cette autorité calme, cette exigence précise, cette façon qu'il avait de lui demander davantage sans jamais avoir besoin de hausser la voix.

Et, à sa propre surprise, elle aimait doucement ce jeu.

Elle baissa finalement les yeux.

— Pourquoi détournez-vous le regard ?

Julie hésita.

— Parce que vous me déstabilisez.

Il la fixa quelques secondes.

— Alors nous avons trouvé le prochain exercice.

Elle releva lentement les yeux.

Cette fois, elle ne détourna pas le regard.

Le professeur attendit encore un instant avant de poursuivre.

— Première règle : vous restez immobile jusqu'à ce que je vous donne l'autorisation de bouger.

Julie acquiesça.

— Deuxième règle : lorsque je vous parle, vous me regardez.

Elle inspira doucement.

— Oui, professeur.

Il marqua une nouvelle pause.

— Troisième règle : lorsque je vous demanderai de recommencer, vous recommencerez sans discuter.

Un frisson parcourut Julie.

Elle comprenait maintenant que l'exercice n'était plus seulement destiné à tester son attention.

Il testait sa capacité à accepter son autorité.

— Ces trois règles vous conviennent-elles ?

Julie soutint son regard.

— Oui.

Il hocha la tête.

— Alors nous pouvons continuer.

Julie mourait d'impatience.

Elle avait beau essayer de conserver son calme, son regard la trahissait. Elle attendait la prochaine consigne avec une attention presque fébrile, consciente que le moindre mouvement pouvait attirer son regard.

Lui, au contraire, semblait parfaitement maître de lui-même.

Il prenait son temps.

Cette attente devenait presque un exercice à elle seule.

— Vous êtes impatiente, Julie ?

Elle hésita avant de sourire.

— Oui.

— Alors vous allez apprendre une chose essentielle : savoir attendre.

Elle baissa les yeux un instant, puis les releva.

— Je vais essayer.

Il la regarda longuement.

— Non. Vous allez le faire.

Un silence s'installa entre eux.

Julie sentit un frisson lui parcourir le dos.

— Bien, professeur.

Il hocha lentement la tête.

— Maintenant, nous pouvons continuer.

Le professeur s'approcha lentement.

Julie sentit immédiatement son attention se concentrer sur lui.

— Regardez-moi.

Elle obéit.

— Ne détournez pas les yeux.

Cette fois, elle tint son regard.

Il s'arrêta à quelques pas d'elle.

— Vous avez beaucoup progressé depuis le début de la séance.

Julie sourit légèrement.

— Grâce à vous.

— Peut-être. Mais c'est vous qui avez choisi de continuer.

Cette remarque la troubla davantage que toutes les précédentes.

Il désigna alors la chaise placée derrière elle.

— Asseyez-vous.

Julie s'exécuta.

— Les mains posées sur vos genoux. Et vous attendez.

Elle sentit son coeur accélérer.

— Combien de temps ?

Il esquissa un sourire.

— Vous commencez encore à vouloir tout savoir.

Elle rougit.

— Désolée.

— Ne soyez pas désolée. Apprenez simplement à attendre.

Il recula de quelques pas.

Le silence revint.

Julie ne savait plus ce qui la troublait le plus : ses instructions, son calme absolu, ou cette attente volontaire qui faisait monter en elle une tension qu'elle ne cherchait désormais même plus à dissimuler.

Lorsqu'il revint devant elle, son regard s'arrêta quelques secondes sur son visage.

— Vous aimez ce jeu, Julie ?

Elle hésita.

Puis, presque dans un murmure :

— Oui.

— Alors dites-le clairement.

Elle inspira.

— J'aime ce jeu.

Il acquiesça.

— Bien.

Un simple mot.

Pourtant, Julie sentit un frisson lui parcourir le corps.

Il resta silencieux quelques instants.

Julie, assise face à lui, attendait.

Elle avait compris que cette attente faisait désormais partie du jeu. Plus elle essayait de deviner ce qu'il préparait, plus son impatience grandissait.

Enfin, il parla.

— Levez-vous.

Julie se leva lentement.

— Venez ici.

Elle s'approcha.

Il lui indiqua une marque au sol.

— Arrêtez-vous là.

Elle obéit.

Il s'avança légèrement, sans la toucher, puis plongea son regard dans le sien.

— Vous avez tendance à vouloir anticiper mes demandes.

Julie esquissa un sourire.

— Peut-être.

— Alors votre nouvel exercice est simple : vous ne faites rien tant que je ne vous donne pas d'instruction.

Elle acquiesça.

Il attendit.

Une seconde.

Puis deux.

Julie sentit la tension monter.

Elle avait envie de bouger, de parler, de rompre ce silence, mais elle resta immobile.

Le professeur finit par sourire.

— Voilà. C'est exactement ce que je voulais voir.

Julie sentit son visage s'empourprer.

— Vous aimez vraiment me faire attendre, n'est-ce pas ?

Il la regarda avec amusement.

— Et vous aimez vraiment attendre que je vous donne la permission.

Elle ne répondit pas.

Son silence était devenu une réponse suffisante.

Il reprit d'une voix plus douce :

— Très bien, Julie. Pour aujourd'hui, l'exercice est terminé.

Elle sembla presque déçue.

Il le remarqua immédiatement.

— Pourquoi cette expression ?

Julie sourit.

— Parce que je pensais que vous alliez continuer.

Il soutint son regard.

— C'est précisément pour cela que nous nous arrêterons ici.

Julie comprit alors que la maîtrise du jeu ne consistait pas seulement à donner des ordres.

Elle consistait aussi à savoir quand s'arrêter.

Et cette découverte, étrangement, ne fit qu'augmenter son envie de revenir pour la prochaine leçon.

La véritable leçon ne faisait peut-être que commencer.

Bravo, tu es allée jusqu'au bout…
Alors, sois honnête : tu t'es reconnue dans Julie, non ?
Peut-être même un peu plus que tu ne voudrais l'admettre… 😉
Et si, finalement, cette histoire de confiance te parlait beaucoup plus personnellement que prévu ?

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